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COMMUNAUTE JUIVE LIBERALE DE MONTPELLIER
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La Torah et les Mitsvots

Dans cette paracha, Moïse vient rendre compte au peuple de ce que D.ieu lui a dit en haut du Mont Sinaï. Les hébreux ne sont plus des individualités, des esclaves, ils sont un peuple : le récit fait l’unité du peuple.

 

3Moïse, de retour, transmit au peuple toutes les paroles de l'Éternel et tous les statuts; et le peuple entier s'écria d'une seule voix: "Tout ce qu'a prononcé l'Éternel, nous l'exécuterons." 4Moïse écrivit toutes les paroles de l'Éternel. Le lendemain, de bonne heure, il érigea un autel au pied de la montagne; puis douze monuments, selon le nombre des tribus d'Israël. 5Il chargea les jeunes gens d'Israël d'offrir des holocaustes et d'immoler, comme victimes rémunératoires, des taureaux au Seigneur. 6Alors Moïse prit la moitié du sang, la mit dans des bassins et répandit l'autre moitié sur l'autel. 7Et il prit le livre de l'Alliance, dont il fit entendre la lecture au peuple et ils dirent: "Tout ce qu'a prononcé l'Éternel, nous l'exécuterons docilement." 8Moïse prit le sang, en aspergea le peuple et dit: "Ceci est le sang de l'alliance que l'Éternel a conclue avec vous touchant toutes ces paroles."

 

Ici, dix semaines se sont écoulées depuis leur sortie d’Egypte. Après avoir reçu le décalogue dans la paracha Yitro, le peuple d’Israël reçoit dans cette paracha des règles de droit civil, de droit pénal et de prescriptions religieuses. Cette paracha traite donc de droit, des « statuts » et se présente comme une liste de règles, un peu confuses, sans lien apparent. Elle   énumère longuement une liste de lois, qui touchent essentiellement les relations interhumaines : esclave hébreu, réparation des dommages causés à autrui, obligations à l’égard de l’étranger, de la veuve, de l’orphelin, du nécessiteux...

Il y a deux types de lois dans cette paracha :

  • Les premières sont des « jurisprudences » et montrent le jugement qui est donné face à des situations qui ont été rencontrées, elles se montrent très factuelles

Des régulations plus impératives, ce sont les mitsvots, les règles à respecter impérativement et qui sont des conséquences du décalogue.

Alors quels enseignements, pouvons-nous tirer de cette paracha ? Ils sont nombreux et tous ne sauraient être vus car des milliers d’années de pilpoul n’en sont pas encore venus à bout tant elle est riche, dense.

La Torah et les mitsvots

 

Dieu nous donne des règles à suivre, des commandements qui viennent régler notre rapport à l’autre : notre rapport à l’étranger, notre rapport à nos amis ou ennemis, à notre famille, à la société mais aussi notre rapport à D.ieu au travers des règles d’observance du chabbat, de l’année chabbatique, des trois fêtes de Pessa’h, Chavouot et Souccot… Les mitsvots contenus dans cette paracha ne sont pas les seuls et sont repris dans d’autres passages de la Torah, notamment dans le Deutéronome et le Lévitique, qui contient de nombreuses prescriptions positives (« vous devez… ») et négatives (« Vous ne devez pas… »).

Le nombre des mitsvots reçus par Moïse, selon Rabbi Simlaï, est de 613 : 248 commandements sont des mitsvots assé ou « positifs » et 365 commandements sont des mitsvots lo ta’assé ou négatifs. Le peuple hébreu est un peuple du verbe (« au commencement était le verbe ») mais aussi des chiffres puisque chaque lettre a une valeur numérique et que ceux-ci sont au cœur du mouvement kabbalistique. Magnifique est alors l’observation de Rabbi Simlaï : il y a 248 commandements positifs « tu feras… » comme les 248 parties du corps humain, corps qui est celui qui doit faire l’action ! De même, il y a 365 commandements négatifs qui correspond au nombre de jours dans une année solaire. Quelle beauté ! Pour Rabbi Simlaï, ces prescriptions étaient destinées à guider les êtres humains chaque jour de l’année dans l’usage de toutes leurs capacités physiques (Talmud, traité Makkoth, 23b).

 

Cela appelle à une réflexion… Moïse lit le Livre de l’Alliance, le peuple recevant les michpatim dit « nous ferons et nous comprendrons » et l’ordre n’est pas sans nous interpeller ! Ne faudrait-il pas comprendre avant que de n’agir ? Nous ferons et ensuite, nous comprendrons n’implique-t-il pas que nous puissions donc regretter d’avoir commis les actes faits avant même de les avoir compris ?

Selon l’enseignement de Rabbi Eliezar, dans le talmud, le mérite du peuple d’Israël a été d’accepter d’accomplir la Torah avant même d’en comprendre les modalités d’application : « s’il fallait repousser l’accomplissement des vertus après l’acquisition du savoir et la compréhension, la vie entière se passerait avant d’en entreprendre la réalisation » (L. Askénazi, Leçons sur la Torah, p. 202). Cependant, il demeure important d’écouter, d’entendre ce qu’il y a à faire, avant d’agir comme les enfants d’Israël ont écouté Moïse avant de dire qu’ils feraient et comprendraient. Il faut donc agir d’abord, garder les mitsvots… Mais il ne faut pas s’arrêter au milieu du gué et il faut ensuite comprendre. Chaque matin, l’homme de foi met ses téfilines : d’abord le bras, en signe d’action : « je réalise les mitsvots », ensuite la tête : je mets les paroles divines sur mon front, pour les comprendre, pour qu’elles guident mes actes mais aussi mon âme. Ainsi, il faut comprendre pour cela : l’accomplissement des mitsvots doit s’accompagner d’une étude de celles-ci et d’une ferveur qui permettent au cœur d’entrer dans leur mystère. C’est d’ailleurs cette joie qui nous conduit à dire une bénédiction lors de l’accomplissement d’une mitsva : réciter la bénédiction vient rappeler que c’est la volonté de D.ieu que l’on accomplit, volonté qu’il a exprimée en nous donnant « sa » Torah – « Thorato ». Ainsi, l’accomplissement de l’Alliance passe par le geste et par la pensée.

Cette question de la compréhension est riche et les plus grands penseurs, même actuels la redécouvrent sans cesse. Pour Maïmonide, les commandements sont « destinés à réprimer les inclinations de l’être humain … à amender nos qualités morales et à assurer la droiture de nos faits et nos gestes » (Mishné Torah, Baba Kama 9, chap. 4). Leur esprit est de rappeler à l’Homme que s’il est fait à l’image de D.ieu, il n’est pas Lui, il n’est qu’un homme, perfectible. Les mitsvots sont un chemin d’amélioration mais, si l’on observe attentivement, tous les commandements ne participent pas de cette nature. De surcroît, certains mitsvots ont une raison qui nous échappe, inaccessible. S’interrogeant sur ce point, le sage revient sur « nous les comprendrons » : « Il est bon pour une personne de méditer sur les lois de la sainte Torah, d’en comprendre toute la portée dans la mesure de ses capacités. Toutefois, lorsqu’on ne saisit pas le sens ni le but d’une loi, il ne s’agit pas pour autant de la juger triviale… Il faut prendre garde de ne pas se rebeller contre un commandement décrété par Dieu simplement parce qu’on n’en comprend pas la raison » (op. cit., chap. 8). Faire et comprendre sont intrinsèquement liés mais, si le sens nous échappe, faire doit alors prédominer pour ne pas remettre en cause les prescriptions de D.ieu ! Heschel est venu expliquer que l’accomplissement des mitsvots a pour but de s’imprégner de la sainteté de D.ieu, lorsque l’on pratique une mitsva, nous cherchons à faire ce que D.ieu attend de nous. Il a écrit « Le but des mitsvots est d’affiner le caractère. Elles ont été données pour le bénéfice de l’être humain : pour le protéger et l’ennoblir, le discipliner et l’inspirer ». Mêlant éthique et rituel, les mitsvots ont gardé les juifs comme les juifs les ont gardés : c’est notre héritage historique, en lisant Michpatim la voix de D.ieu continue à nous parler, en pratiquant, comme ceux qui sont venus avant nous, nous continuons de faire et, en transmettant, on continue de chercher à comprendre : ce que nos ancêtres furent, ce que nous sommes, ce que enfants seront.

 

Autre question que pose cette paracha est celle de la « loi du talion » et de sa portée :

« Tu feras payer corps pour corps, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, plaie pour plaie, contusion pour contusion » (Exode, 21 :23 à 21 :25).

Alors « œil pour œil » pose une question : celle du choix entre interprétation littérale et une lecture plus « souple » au travers de la compensation financière.

Comme tout un chacun, vous savez que la Torah ne saurait avoir une lecture littérale mais s’interprète à la lumière des commentaires qui l’accompagnent, le questionnent, l’éclairent, l’explicitent. Ainsi, le Talmud, dans le traité Baba Kama, enseigne, au nom de Rabbi Chimon Bar Yohaï que « Œil pour œil veut dire compensation financière ». Et « il démontre, en recourant à un raisonnement par l’absurde, qu’il ne peut, en aucun cas, s’agir « de l’œil véritablement » (J. Elkouby, Paracha Michpatim : la loi du talion, un principe juif?). Comme le souligne le Rabbin Pauline Bebe dans sa conférence visible sur le site Akadem, cette loi a été très mal interprétée dès le départ car elle n’a jamais eu une lecture littérale. Elle souligne qu’on le sait en comparant ce texte avec ceux du proche orient ancien. Il n’a jamais – et ce, dès l’origine – été question de vengeance physique, aucune application littérale n’ayant d’ailleurs été relevée dans la Torah, mais uniquement de compensation financière.

Un passage du même traité Baba Kama dans le Talmud de Babylone vient à l’appui d’une telle interprétation. En effet, il est écrit « Rabbi Eliezer, un Tanna, un Sage de l’époque de la Michna, a enseigné : Un œil à la place d’un œil : vraiment un oeil. Vraiment un œil ? Comment peut-on imaginer une telle chose ? Rav Achi, un Sage de la fin de l’époque talmudique, a enseigné : cela vient nous dire qu’on évalue le montant du dédommagement non pas d’après l’œil de la victime mais d’après celui de l’agresseur ».

Il s'agit, en réalité de ne pas se faire justice à soi-même mais de faire appel à la justice ou à un tiers, lequel prendra une décision "juste". Ici, la règle doit s'entendre comme une compensation financière. Cette dernière doit être l'exacte mesure de l'offense perpétrée et ne doit pas aller au-delà. Ces lois sont pleine de Justice, elles enseignent l'égalité aussi. En effet, la sanction est la même quelle que soit la richesse ou la pauvreté de la victime: tous les enfants de D.ieu étant créés à son image, il est juste que face à un dommage ils soient traités pareil, que ce dommage soit intégralement réparé mais n'aille pas au delà (contrairement à Babylone où la réparation pouvait aller au delà de la réparation si la victime était un puissant!). Oeil pour oeil c'est aussi dire que l'oeil du pauvre vaut l'oeil du riche: oeil pour oeil, c'est indemnise l'oeil pas autre chose. Le peuple juif, voué aux gémonies par les autres qui ont fait de ces lignes une lecture littérale, est en réalité prescripteur d’une immense modernité dans le monde antique. Il instaure une échelle des peines, une justice égalitaire avec une juste rétribution : les prémisses de la réparation intégrale du préjudice qui, encore aujourd’hui s’applique dans notre pays qu’est la France !

Enfin, une autre thématique d’actualité est récurrente dans cette paracha : « prendre soin de l’étranger ». Les mots qui sont les miens ne vaudraient pas ceux de H. J. Field, dans la Torah commentée pour notre temps (2. L’exode et Lévitique, p. 83 s.) que je vous invite à lire. Il y a de passionnants développements sur les convertis et notre rapport à l'étranger. A l'heure où les étrangers, des pauvres, des femmes, des enfants prennent la route pour fuir et chercher une main bienveillante, cette paracha est une lecture qui prend toute sa profondeur, sa richesse et qui est étonnante de modernité quand bien même certaines de ses prescriptions "pourraient" passer pour des règles d'un autre temps. Mais il ne faut pas renier le texte, il faut l'interpréter et le faire résonner dans le creux de son âme telle les notes de l'oud en plein coeur du désert...

Mélanie J.

 

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